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15.11.2008

L'instrumentalisation de la littérature par Charles Maurras

L'expérience de la Grande Guerre, les frustrations des anciens combattants et les conflits politiques qu'elles alimentent permettent aux valeurs nationalistes sous ses formes bonapartistes, boulangistes, antiparlementaristes, d'être actives et offrent de belles perspectives aux écrivains de droite. La « modernité » d'un Morand s'y fondra sans difficulté comme finalement le populisme de Céline.

C'est dans ce contexte qu'il faut apprécier à son juste poids le rôle d'un homme comme Maurras.

906e76e585e7cb3a4a1d247fd3827b91.jpgCh.Maurras dirige L'Action française et en fait un remarquable instrument d'analyse et de critique de la littérature, s'appuyant pour cela sur de jeunes écrivains qui sont parmi les bons esprits critiques de leur temps.

Que certains aient fini dans la Collaboration ne change rien à la qualité formelle de leurs analyses et au fait qu'ils tiennent leur front littéraire avec intelligence et ténacité. Parmi ces jeunes talents, on trouve Kléber Haedens, Robert Brasillach, Thierry Maulnier, Claude Roy, Michel Déon, Michel Mohrt, Jacques Bainville. Quelques-uns usent parfois de pseudonyme pour des raisons de commodité. Il faudra attendre l'expérience de l'Occupation pour que les certitudes de certains s'atténuent ou se dissolvent. Ainsi Claude Roy renversera sa perspective politique et littéraire, mais ce sera en 1941, sous l'influence d'Aragon. Ces critiques sont presque tous des écrivains publiant romans, essais, livres d'histoire.

Maurras était d'ailleurs très satisfait d'avoir su rassembler autour de lui une telle équipe qui collaborait en même temps à de multiples organes de presse conservateurs ou réactionnaires (La Revue universelle, Candide, Je suis partout, et d'autres), ce qui permettait de multiplier leur influence et l'impact de leurs idées.

 

Maurras cultivait les spécificités de ses collaborateurs et les chargeait de défendre certaines valeurs, en relation avec sa politique générale. De ce point de vue, on peut constater que l'instrumentalisation de la littérature n'est pas le fait du seul PCF. Maurras pratiquait parfaitement cet art et peut-être avec plus de maestria. Son objectif est de redresser la droite. Il la juge en effet coupable d'abandonner les esprits à des reniements qui préparent le triomphe définitif de la République.

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